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    Général 12 min1 juin 2026

    AI Act : le guide du règlement européen sur l'IA

    AI Act : classification des risques, calendrier d'application, sanctions jusqu'à 35 M€ et impact concret sur les entreprises et les ingénieurs français.

    Par l'équipe Ast'Inge


    On sort un peu de nos sentiers battus aujourd'hui — et c'est pour la bonne cause.

    Chez Astinge, on vous parle habituellement de concours, de stratégies d'admission, de grandes écoles et de voies universitaires. Mais il nous semblait impossible d'ignorer un texte qui va changer profondément la manière dont l'intelligence artificielle est développée, déployée et réglementée en Europe — et donc le monde dans lequel vous allez travailler dans quelques années.

    L'AI Act, c'est le règlement européen sur l'IA. Et si vous êtes en train de préparer votre entrée dans une grande école d'ingénieurs, vous allez vivre de plein fouet ce que ce texte implique. On vous explique tout. Et à la fin, on remet les pieds sur terre : pourquoi ce contexte rend votre projet de grandes écoles plus pertinent que jamais.


    1. Contexte : la première loi mondiale sur l'intelligence artificielle

    Le Règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, est le premier cadre législatif global au monde dédié à l'intelligence artificielle. Il a été adopté par le Parlement européen le 13 mars 2024 (523 voix pour, 46 contre), publié au Journal officiel de l'Union européenne le 12 juillet 2024, et est entré en vigueur le 1er août 2024.

    Son ambition est double : protéger les droits fondamentaux et la sécurité des citoyens, tout en favorisant l'innovation responsable dans le marché unique européen.

    DateÉtape
    Avril 2021Proposition initiale de la Commission européenne
    Décembre 2023Accord politique au sein du trilogue
    13 mars 2024Vote du Parlement européen
    12 juillet 2024Publication au Journal officiel de l'UE
    1er août 2024Entrée en vigueur
    2 février 2025Application des interdictions (risque inacceptable)
    2 août 2025Obligations pour les modèles d'IA à usage général
    2 août 2026Application intégrale du règlement

    Source officielle : Règlement (UE) 2024/1689 — EUR-Lex


    2. Qui est concerné ?

    L'AI Act s'applique à toute entité qui met sur le marché, met en service ou utilise un système d'IA dans l'Union européenne — quel que soit son pays d'établissement. Trois acteurs principaux sont définis :

    • Le fournisseur : développe ou fait développer un système d'IA en vue de sa mise sur le marché. Il assume les obligations de conception, de documentation technique et de marquage CE.
    • Le déployeur : utilise un système d'IA dans un contexte professionnel. Il doit superviser l'usage, tenir un registre et former ses équipes.
    • L'importateur / distributeur : doit vérifier que le fournisseur est en conformité avant toute mise sur le marché.

    Exclusions : usage militaire ou défense nationale, recherche fondamentale, usages personnels non professionnels.


    3. La classification par niveaux de risque : le cœur du dispositif

    L'AI Act repose sur une approche basée sur le risque (risk-based approach). Quatre niveaux définissent les obligations applicables.

    3.1 Risque inacceptable — Interdictions totales (Article 5)

    Applicables depuis le 2 février 2025, ces pratiques sont totalement prohibées dans l'UE :

    • Notation sociale (social scoring) par les pouvoirs publics
    • Manipulation comportementale subliminale exploitant des vulnérabilités psychologiques
    • Identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces publics (sauf exceptions terrorisme / enfants disparus strictement encadrées)
    • Systèmes d'inférence d'émotions dans les milieux professionnels et éducatifs
    • Catégorisation biométrique déduisant des opinions politiques, religion ou orientation sexuelle
    • Bases de données faciales constituées par scraping non ciblé

    3.2 Risque élevé — Conformité stricte obligatoire (Articles 6-51)

    Les systèmes à haut risque sont ceux appartenant aux domaines de l'Annexe III du règlement :

    DomaineExemples
    BiométrieIdentification, vérification d'identité
    Infrastructures critiquesEau, gaz, électricité, transport
    Éducation et formationAttribution de places, évaluation d'étudiants
    Emploi et RHRecrutement automatisé, scoring de CV
    Services essentielsCrédit bancaire, assurance, prestations sociales
    Application de la loiÉvaluation de preuves, profiling
    Gestion des frontièresContrôle des visas, évaluation des risques migratoires
    Administration de la justiceAide à la décision judiciaire

    Obligations cumulatives pour ces systèmes :

    • Système de gestion des risques documenté (Art. 9)
    • Gouvernance des données d'entraînement — représentativité, biais (Art. 10)
    • Documentation technique et journaux d'événements (Art. 11-12)
    • Supervision humaine effective (Art. 14)
    • Robustesse, précision et cybersécurité (Art. 15)
    • Enregistrement dans la base de données européenne de l'AI Office avant mise sur le marché
    • Évaluation de conformité et marquage CE

    3.3 Risque limité — Obligations de transparence (Article 50)

    • Les chatbots doivent signaler qu'il s'agit d'une IA
    • Les deepfakes (images, audio, vidéo synthétiques) doivent être clairement étiquetés
    • Les systèmes de détection d'émotions dans l'espace public doivent informer les personnes concernées

    3.4 Risque minimal — Autorégulation

    Filtres anti-spam, IA dans les jeux vidéo, recommandations de contenu sans impact sur les droits fondamentaux : aucune obligation réglementaire spécifique. La Commission encourage l'adhésion volontaire à des codes de conduite.


    4. Le régime GPAI : les grands modèles d'IA sous surveillance (Articles 51-55)

    L'une des innovations majeures de l'AI Act est la création d'un cadre dédié aux modèles d'IA à usage général (GPAI) — GPT-4, Gemini, Mistral, Llama, Claude... Ces obligations sont entrées en vigueur le 2 août 2025.

    Seuil de risque systémique

    Un modèle GPAI devient à risque systémique lorsque sa puissance de calcul d'entraînement dépasse 10²⁵ FLOP (seuil révisable par acte délégué).

    Obligations (Article 53)

    Tous les fournisseurs GPAI :

    • Publier une documentation technique détaillée
    • Respecter la législation sur le droit d'auteur et publier un résumé des données d'entraînement
    • S'engager dans le Code de pratiques GPAI publié par l'AI Office le 10 juillet 2025

    Fournisseurs à risque systémique (Art. 54-55) : évaluation adversariale obligatoire, notification des incidents graves à l'AI Office, maintien de la cybersécurité renforcée.


    5. Calendrier complet d'application

    1er août 2024  ──► Entrée en vigueur du règlement
    
    2 février 2025 ──► Interdictions (Art. 5) + Littératie en IA (Art. 4)
    
    2 août 2025    ──► Obligations GPAI (Art. 51-55)
                       + AI Office opérationnel
                       + Conseil européen de l'IA constitué
                       + Autorités nationales désignées
    
    2 août 2026    ──► APPLICATION INTÉGRALE
                       + Systèmes à haut risque (Annexe III)
                       + Obligations déployeurs
                       + Début des contrôles et sanctions pleins
    
    2 août 2027    ──► Systèmes haut risque couverts par l'Annexe I
                       (dispositifs médicaux, véhicules, machines...)
    

    6. Gouvernance : qui contrôle quoi ?

    Au niveau européen

    • AI Office (Bureau européen de l'IA) : opérationnel depuis le 21 février 2024. Supervise les modèles GPAI, rédige les actes délégués, gère la base de données des systèmes à haut risque.
    • Conseil européen de l'IA : un représentant par État membre, coordonne les autorités nationales.

    Source : Gouvernance AI Act — Commission européenne

    En France

    La CNIL est désignée autorité nationale de référence pour l'AI Act. Le dispositif français associe :

    AutoritéPérimètre
    CNILCoordinatrice nationale, droits fondamentaux et données personnelles
    DGCCRFPratiques commerciales déloyales liées à l'IA
    ARCOMDeepfakes, contenus générés par IA dans les médias
    ACPRIA dans la banque et l'assurance
    ANSM / HASIA en santé et dispositifs médicaux
    ANSSICybersécurité des systèmes d'IA

    Sources : CNIL — Questions-réponses AI Act | DGE — Autorités compétentes France


    7. Sanctions : jusqu'à 35 millions d'euros (Article 99)

    Type de violationAmende maximale
    Violation des interdictions (Art. 5 — risque inacceptable)35 000 000 € ou 7% du CA mondial annuel
    Non-conformité haut risque ou GPAI15 000 000 € ou 3% du CA mondial annuel
    Informations incorrectes aux autorités7 500 000 € ou 1% du CA mondial annuel

    C'est le montant le plus élevé entre la somme absolue et le pourcentage du chiffre d'affaires mondial qui s'applique — sauf pour les PME et startups, pour lesquelles c'est le montant le plus bas qui est retenu (disposition protectrice explicite du règlement).

    Les violations touchant des données personnelles peuvent entraîner un cumul avec les amendes RGPD (jusqu'à 20M€ ou 4% du CA).

    Référence légale : Article 99 — AI Act Explorer | AI Act Service Desk


    8. AI Act vs USA vs Chine : trois visions du monde

    L'AI Act vise à imposer un standard mondial par effet de rayonnement réglementaire (Brussels Effect), mais il se distingue radicalement des approches américaine et chinoise.

    CritèreUE (AI Act)USAChine
    ApprocheDroits fondamentaux + risqueInnovation-first + sectorielContrôle étatique + sectoriel
    PortéeHorizontale et globaleFragmentée (patchwork d'États)Par domaine
    SanctionsJusqu'à 35M€ / 7% CAVariable selon agenceNon publiées uniformément
    Modèles GPAICadre dédié (Art. 51-55)Déclaration volontaire (NIST)Enregistrement obligatoire
    Droits des personnesCentrauxSecondairesAbsents

    Côté américain, le président Trump a abrogé en janvier 2025 l'Executive Order de Biden sur l'IA, optant pour une dérégulation totale au niveau fédéral. Les États prennent le relais : Californie (SB 53), New York (Local Law 144), Texas, Illinois...

    Côté chinois, l'approche par domaine spécifique (IA générative, algorithmes, deepfakes) depuis 2021-2023 est complétée par une Cybersecurity Law amendée en vigueur au 1er janvier 2026, exigeant des audits de sécurité IA et une localisation des données.

    Sources : Anecdotes.ai — AI Regulations 2025 | CACM — Three Rulebooks


    9. Ce que ça change pour les entreprises françaises dès maintenant

    À faire avant le 2 août 2026 :

    Pour les fournisseurs :

    • Cartographier tous les systèmes d'IA développés et évaluer leur niveau de risque
    • Constituer la documentation technique (Art. 11) pour chaque système à haut risque
    • Mettre en place un système de gestion des risques (Art. 9)
    • Enregistrer les systèmes à haut risque dans la base de données EU
    • Obtenir marquage CE si applicable

    Pour les déployeurs :

    • Inventorier tous les systèmes d'IA utilisés, y compris via des SaaS tiers
    • Former les équipes — l'obligation de littératie en IA (Art. 4) est applicable depuis février 2025
    • Tenir un registre des usages à haut risque
    • Vérifier que les fournisseurs tiers sont en conformité

    L'articulation avec le RGPD est confirmée par la CNIL : les deux régimes se cumulent. Une même IA traitant des données personnelles doit satisfaire à la fois le RGPD (DPIA, base légale, droits des personnes) et l'AI Act (documentation technique, supervision humaine, transparence).


    10. De l'AI Act à votre avenir : pourquoi tout ça vous concerne directement

    On arrive au cœur de ce qu'on voulait vous dire.

    L'AI Act n'est pas qu'un texte juridique réservé aux juristes et aux DSI. C'est le signal le plus fort que l'Europe ait envoyé depuis le RGPD sur la direction qu'elle entend donner au numérique. Et ce signal dit ceci : l'intelligence artificielle va être partout, dans tous les secteurs, mais elle ne sera pas déployée n'importe comment.

    Résultat ? Les entreprises vont avoir un besoin massif de profils capables de comprendre à la fois la technique de l'IA et ses implications réglementaires, éthiques et stratégiques. Des ingénieurs qui savent coder un modèle et qui comprennent pourquoi il doit être auditable. Des experts qui conçoivent des systèmes robustes, documentés, supervisables — pas juste des modèles qui "marchent en démo".

    Ce profil, c'est exactement ce que forment les grandes écoles d'ingénieurs françaises : CentraleSupélec, l'École des Ponts, Arts et Métiers, ENSAE, AgroParisTech, l'X, les Centrale... Des formations qui mêlent rigueur mathématique, informatique avancée, et capacité d'analyse systémique.

    Et la bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin d'une prépa pour y entrer.

    Les voies universitaires — GEI Univ, CUEC, AST — permettent à des étudiants issus de la fac (licence, BUT, BUT info, BUT GEII...) d'intégrer ces mêmes grandes écoles par des concours spécifiques, dans des conditions adaptées à leur parcours. C'est précisément ce sur quoi Astinge vous accompagne.

    Préparer ces concours, c'est se donner les moyens de devenir un acteur de l'IA — pas un observateur. Pas quelqu'un qui subit les règlements comme l'AI Act, mais quelqu'un qui conçoit les systèmes conformes, qui pilote les projets, qui prend les décisions techniques et stratégiques qui engagent l'avenir des organisations.


    Sources officielles et références

    Textes officiels

    Institutions européennes

    Autorités françaises

    Comparaisons internationales

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    #Général#Concours ingénieurs#Filière universitaire#Grandes écoles